Courbe de croissance avec un stylo symbolise la situation économique ; source : iStockphoto.com/blackred

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  • L’économie allemande a connu au premier semestre un recul historique de sa performance. En dépit de la pandémie qui couve encore, elle est toutefois sur la voie de la reprise depuis la levée du confinement dur qui a eu lieu en mai. Cela va cependant durer encore quelque temps.
  • Le processus de rattrapage de l’industrie, d’abord rapide, se poursuit certes, mais va s’essouffler au vu de la faible demande étrangère. Jusqu’ici, il a été considérablement entraîné par le secteur automobile et des pièces auto.
  • Sur le marché du travail, une stabilisation se profile. Le chômage a baissé en juillet après trois mois de forte hausse, de 18 000 personnes par rapport à juin. Selon les premières estimations de l’Agence fédérale pour l’emploi, le chômage partiel a reculé en juin, de 6,7 millions à 4,5 millions de personnes. L’activité économique n’a plus baissé que légèrement en juin. Les indicateurs précoces ont poursuivi leur reprise.

Situation générale : situation économique au cours de la pandémie

Fin juillet, l’Office fédéral de la statistique a signalé pour le deuxième trimestre un recul historique du produit intérieur brut de 10,1 %. [1] Dans presque tous les domaines économiques, à l’exception du bâtiment, la performance économique s’est en partie massivement effondrée. Grâce à un recours intense au chômage partiel, l’emploi a cependant pu s’en désolidariser largement. Avec l’assouplissement progressif des restrictions, le processus de reprise s’est enclenché pour l’économie allemande dès le mois de mai. L’industrie a pu fortement étendre sa production et ses ventes en mai et juin. Son niveau de production se situait cependant, selon les données de juin, à seulement 87 % de celui du dernier trimestre 2019, avant l’éclatement de la pandémie. Une reprise économique est également observée dans les nombreux secteurs tertiaires. Au vu de la situation de départ déjà légèrement plus favorable grâce à cela, une forte hausse du PIB se produira au troisième trimestre. La suite de la stimulation conjoncturelle dépend de façon tout à fait déterminante de l’évolution de la pandémie sur le territoire et à l’étranger. Les économies de certains de nos partenaires commerciaux demeurent grevées par la pandémie. C’est pourquoi, après la première reprise plutôt forte en mai et juin, la suite du processus de reprise de l’économie allemande ne se fera que lentement et prendra encore un certain temps. Sur le fond, les entreprises sont toutefois redevenues sensiblement plus confiantes. Selon le test conjoncturel de l’institut Ifo en juillet, les perspectives commerciales de l’économie globale pour les six prochains mois sont déjà à nouveau positives et plus favorables qu’en 2019.

Économie mondiale : les perspectives s’améliorent

Si la conjoncture mondiale était rétrospectivement sombre, des indicateurs précoces signalent une reprise pour la suite de l’année. La production industrielle globale a été réduite de près de 12 % sur la période d’avril/mai par rapport à la période de l’année dernière. Le commerce des biens dans le monde a même chuté de quelque 17 %. Les premiers signaux des grandes économies concernant l’évolution de leur PIB au deuxième trimestre mettent également en relief l’ampleur de la récession due au coronavirus au premier semestre. Le PIB a reculé de 12,1 % dans la zone euro et de 9,5 % aux États-Unis. Pour le second semestre, les indicateurs de confiance émettent en revanche des signaux positifs. En juillet, l’indice mondial des directeurs d’achat (PMI) de J.P.Morgan/IHS Markit pour l’industrie a grimpé pour la première fois depuis janvier, avec 50,3 points au-dessus de son seuil de croissance.

La suite de l’évolution de l’économie mondiale dépend de façon tout à fait déterminante de l’évolution de la pandémie ainsi que des mesures et des changements de comportement visant à endiguer la propagation du virus. Les différents pays des diverses régions du monde sont en cela touchés dans des proportions variables. Selon l’institut Robert Koch, la Chine, point de départ de la pandémie, n’annonce plus actuellement qu’un nombre réduit de cas et se trouve déjà dans une phase de reprise économique avec une croissance du PIB de 11,5 % au deuxième trimestre par rapport au trimestre précédent. Simultanément, des clusters se développent malheureusement dans d’autres pays (plus de 120 cas pour 100 000 habitants). Parmi ceux-ci, on compte les États-Unis, l’Afrique du Sud et certaines zones d’Amérique latine, notamment le Brésil et l’Argentine. Mais l’on observe également une hausse du nombre de cas (60-119 cas) dans le sud et l’est de l’Europe, comme en Espagne, en Roumanie et en Hongrie ainsi que, dans une moindre mesure (20-59 cas), en Russie, en Inde, en Suède et en Grande-Bretagne. Cela semble indiquer que le contexte du commerce extérieur devrait encore rester difficile pour l’économie allemande pendant quelque temps.

Le commerce extérieur allemand poursuit sa reprise

En juin, la reprise des exportations de biens et de services s’est poursuivie. Par rapport au mois précédent, celles-ci ont augmenté de 10,8 %, après correction des variations saisonnières et en valeur nominale. Une nette hausse de 8,2 % a été enregistrée dès le mois de mai, après l’effondrement provoqué par la pandémie. Pour le deuxième trimestre, on constatait encore une baisse sensible de 21,2 %. Le niveau des exportations de biens et de services, en dépit du processus de rattrapage amorcé, ne se situe qu’à environ 83 % du niveau préalable au début de la crise du coronavirus en février.

Les importations de biens et de services sont encore loin de leur niveau d’avant la crise. Cela tient aussi au fait que leur croissance en juin corrigée des variations saisonnières et en valeur nominale par rapport au mois précédent avec 5,4 %, était relativement faible par rapport à mai (mai : +2,4 %). En comparaison trimestrielle, les importations ont connu une chute inédite de 19,3 %.

Les indicateurs précoces du commerce extérieur tendent vers une poursuite de la reprise. Les perspectives d’exportation de l’Ifo pour le secteur manufacturier en juillet étaient globalement à nouveau positives, pour la première fois depuis janvier. Les entrées de commandes de l’étranger ont elles aussi poursuivi leur reprise en juin, avec une forte hausse de 22,0 % par rapport à mai, en données corrigées des variations saisonnières. Ces signaux semblent indiquer une poursuite du processus de rattrapage pour la suite de l’année. Cela va cependant nécessiter encore quelque temps.

Conjoncture industrielle – la reprise se poursuit

La reprise initiée en mai dans le secteur de la production s’est poursuivie avec vigueur en juin. Corrigée des variations saisonnières, elle affiche une augmentation de 8,9 %. Dans l’industrie, la progression a de nouveau été particulièrement marquée, avec +11,1 %. Comme en mai déjà, une nette augmentation de 54,7 % dans l’important domaine de l’automobile et des pièces automobiles était en cela déterminante. Après une vaste mise à l’arrêt de la production dans ce secteur en avril, cette dernière avait récemment retrouvé près de 80 % de son niveau du quatrième trimestre 2019, avant apparition de la pandémie. Le bâtiment, qui avait jusqu’ici connu peu de restrictions dues au virus, affichait une hausse de 1,4 %. En comparaison trimestrielle, le confinement dur entre en ligne de compte pour le mois d’avril. La production dans le secteur de la production a ainsi connu au deuxième trimestre un tassement de 16,1 % par rapport à la période précédente. Dans l’industrie, le recul était de 19,3 % et dans le secteur du bâtiment de 4,2 %. Ces valeurs trimestrielles sensiblement négatives ne doivent pas occulter le fait qu’une nette reprise a eu lieu dès le courant du deuxième trimestre.

Les entrées de commande du secteur manufacturier ont fortement repris en juin par rapport au mois précédent, de 27,9 %, après une reprise plutôt timorée de 10,4 % en mai. Les commandes de biens d’investissement ont fortement augmenté à cette même période, de 45,7 % (dans le secteur automobile/pièces auto : +66,5 %). La croissance a également crû de manière remarquable en matière de biens intermédiaires (+10,6 %), tandis qu’elle était modérée concernant les biens de consommation (+1,1 %). En comparaison trimestrielle, les entrées de commandes du secteur manufacturier ont elles aussi connu un net recul de 22,9 %, notamment en raison de la faible demande émanant de la zone hors euro (-30,7 %) et de la zone euro (-26,2 %).

Les données de juin concernant la production et les entrées de commande affichent ainsi, à l’instar du climat des affaires de l’Ifo et du PMI, une reprise marquée de la conjoncture industrielle. D’après les sondages Ifo et IHS Markit/BME de juillet, les entreprises tablent sur une amélioration continue de leur activité pendant les prochains mois. Le processus de rattrapage devrait cependant prendre un certain temps, si l’on considère la demande étrangère toujours faible et les incertitudes liées à l’évolution de la pandémie.

Le commerce de détail sensiblement stimulé

Depuis mai, la consommation repart nettement à la hausse du fait de la réouverture des commerces. Le commerce de détail sans l’automobile a enregistré un chiffre d’affaires record dû au rattrapage des retards et soutenu par l’explosion des livraisons et du commerce en ligne. Ce niveau s’est presque maintenu en juin. Dans le même temps, le commerce physique devrait avoir évolué de façon majoritairement stable, tandis que les livraisons et le commerce en ligne, après les fortes hausses des deux derniers mois, perdaient 8,6 %. Le commerce, secteur automobile inclus, a progressé en mai de plus d’un tiers (+34,5 %), mais est encore 22,3 % en-deçà de son chiffre d’affaires de février. La forte progression des nouvelles immatriculations de voitures par des particuliers en juillet (+87,4 %) indique cependant que le processus de reprise devrait se poursuivre prochainement. Le climat des affaires de l’Ifo dans le commerce de détail s’est nettement amélioré en juillet. De manière générale, ce sont les estimations positives qui dominent. Le climat de la consommation selon GfK a poursuivi sa reprise en V et retrouvera son niveau neutre en août. En matière de prix à la consommation, la baisse provisoire des taxes a eu une forte incidence sur les chiffres d’affaires en juillet et a apparemment bénéficié en grande partie aux consommateurs. Les prix des marchandises représentant près de la moitié du panier d’achat ont ainsi baissé de 1,9 % par rapport à juin. Les prix des services en revanche sont en moyenne demeurés inchangés, si l’on exclut les prix instables des forfaits de voyages. Le taux de l’inflation, c’est-à-dire l’évolution des prix en l’espace d’un an, était légèrement négatif (-0,1 %), après avoir affiché +0,9 % le mois précédent. Les prix des produits énergétiques ont baissé de 6,7 %. Sur les denrées alimentaires (+1,2 %), le taux d’inflation a chuté de plus de trois points. Le taux de l’inflation sous-jacente (sans l’énergie et l’alimentation) a perdu en juillet 0,6 point, pour atteindre +0,7 %.

Stabilisation sur le marché du travail

L’emploi et le chômage se sont stabilisés en raison du vaste recours au chômage partiel et de la stimulation de l’activité commerciale. L’activité économique, corrigée des variations saisonnières, n’a que légèrement baissé en juin, de 40 000 personnes, après avoir chuté au total de 600 000 personnes au cours des deux mois précédents. Les offres d’emploi, et donc la demande de main-d’œuvre, restent timides. Avant d’embaucher, les entreprises misent tout d’abord sur un retour au temps de travail habituel. En données corrigées des variations saisonnières, l’emploi assujetti à l’assurance sociale obligatoire a décru de 74 000 personnes en mai (avril : -268 000 personnes). L’amélioration de la situation sur le marché du travail transparaît aussi dans l’évolution du chômage partiel. Après que 6,7 millions d’employés y aient recouru en mai, l’Agence fédérale pour l’emploi s’attend pour juin à un recul à 4,5 millions de personnes, avec une tendance toujours à la baisse. Le nombre de chômeurs enregistré, en données corrigées des variations saisonnières, a baissé de 18 000 personnes en juillet, grâce au chômage partiel et à d’autres outils de politique du travail, après trois mois d’intense hausse. D’après les chiffres d’origine, il progressait habituellement légèrement, du fait de la saison, pour atteindre 2,91 millions de personnes. Selon les estimations de l’Agence fédérale pour l’emploi, le chômage dû exclusivement à la crise du coronavirus a augmenté jusqu’à présent de quelque 635 000 personnes, l’afflux supplémentaire dû à la crise pandémique s’étant réduit de mois en mois. L’écart de l’année passée se situe à une hauteur à peu près équivalente. Selon les indicateurs précoces de l’Institut de recherche sur l’emploi et les professions (IAB), de l’Ifo et de l’Agence fédérale pour l’emploi, cette stabilisation sur le marché de l’emploi devrait se poursuivre.

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[1] Ce rapport emploie des données disponibles jusqu’au 13 août 2020. Sauf autre mention, il s’agit de taux de variation par rapport à la période précédente sur la base de données corrigées de l’influence des prix ainsi que du nombre de jours ouvrables et des variations saisonnières.