Courbe de croissance avec un stylo symbolise la situation économique ; source : iStockphoto.com/blackred

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  • Après l'assouplissement des mesures de protection contre le coronavirus en Allemagne comme à l'étranger, une reprise tangible de l'économie est visible. Le processus de reprise ne fait cependant que commencer. Les capacités sont encore largement sous-exploitées.
  • La production industrielle a dépassé le creux de la vague. L'augmentation des entrées de commande indique une accélération de la production lors des prochains mois. Il reste toutefois des risques, en particulier en ce qui concerne la demande provenant des pays hors zone euro, laquelle ne redémarre que très doucement.
  • Les difficultés dues à la pandémie s'atténuent aussi sur le marché du travail. La poussée du chômage est beaucoup plus faible que lors de mois précédents (+69 000 personnes en juin par rapport à mai). Selon les premières estimations de l'Agence fédérale pour l'emploi, près de 6 millions de personnes étaient au chômage partiel en mai contre 6,8 millions de personnes en avril. Les indicateurs provisoires présentent une légère reprise après la chute des mois précédents.

Situation générale : La conjoncture connaît une reprise en mai

La conjoncture a dépassé le creux de la vague. Après une chute sans précédent en avril, une reprise est visible en mai. Les indicateurs de conjoncture publiés le mois dernier montrent à la fois que l'économie allemande connaît une reprise tangible, mais que les capacités sont encore largement sous-exploitées. [1] L'assouplissement des mesures de protection contre le coronavirus en Allemagne comme à l'étranger permet à l'offre et à la demande de recommencer à croître. L'industrie enregistre une augmentation de la production de +10,3 % pour mai par rapport à avril. Dans le domaine des véhicules et des composants automobiles, l'indice de la production a connu une forte reprise. Selon la Fédération de l'industrie automobile allemande (VDA), il n'est pas le seul à augmenter en juin ; autant les nouvelles immatriculations de voitures que la production augmentent en juin par rapport à mai (+18 % et +84 % respectivement). Si l'on regarde vers l'avant, de nouvelles améliorations semblent se dessiner : les indices PMI et ifo ainsi que les entrées de commandes affichent une tendance à la hausse. La reprise est aussi visible dans certaines parties du secteur tertiaire. C'est ce qu'indique par exemple l'évolution dans le commerce de détail (sans le commerce de véhicules), dont les chiffres d'affaires pour le mois de mai sont maintenant disponibles. Avec une augmentation de +13,9 %, la tendance s'est fortement inversée dans ce domaine par rapport à avril. Lors du deuxième semestre, la consommation continue à être stimulée par la baisse de la taxe sur la valeur ajoutée, qui est limitée dans le temps. En ce qui concerne le deuxième trimestre qui vient de se terminer, l'Office fédéral de la Statistique devrait cependant annoncer un taux de variation du produit intérieur brut (PIB) tout à fait négatif au 30 juillet malgré la relance économique. Cela est surtout dû à la décroissance historique exceptionnelle qui a été enregistrée en avril. Le produit intérieur brut ne connaîtra de nouveau des taux positifs qu'à partir du troisième trimestre. Le processus de relance de l'économie allemande est certes dynamique, mais n'en est encore qu'à ses débuts. La sous-exploitation des capacités de production est encore élevée. En mai, la production industrielle ne s'élevait qu'à près de 75 % de son niveau d'avant le coronavirus, et à près de 50 % seulement dans l'industrie automobile (selon la Fédération de l'industrie automobile allemande, elle a augmenté en juin pour atteindre environ 74 % du niveau d'avant le coronavirus). La rapidité avec laquelle la demande extérieure de marchandises allemandes reprendra sera également décisive pour la poursuite de l'évolution conjoncturelle. En mai, les exportations nominales de marchandises ont certes augmenté fortement de +11,6 %. Toutefois, les exportations vers des partenaires commerciaux importants qui sont particulièrement durement touchés par la pandémie de coronavirus (les États-Unis et le Royaume-Uni par exemple) évoluent plus faiblement que celles vers d'autres pays (comme la Chine). Des différences sont également visibles en ce qui concerne les entrées de commandes provenant de l'étranger. Alors que les commandes provenant de la zone euro présentent une amélioration, la reprise des commandes provenant de pays hors zone euro reste très lente et souligne le risque que représente la situation économique mondiale pour la conjoncture en Allemagne.

L'économie mondiale : Les indices indiquent une forte récession

En ce qui concerne la conjoncture mondiale, le repli semble être plus accentué au deuxième trimestre qu'au premier. La production industrielle mondiale s'est fortement contractée en avril. Beaucoup de pays en Europe et dans le reste du monde ont renforcé leurs mesures de protection contre les maladies en raison de la propagation du coronavirus. Une réduction de la production industrielle mondiale de près de 12,1 % a été enregistrée en avril 2020 par rapport à avril 2019. Cette réduction a été encore plus importante pour le commerce mondial de biens. Celle-ci s'est élevée à 16,2 % en avril en glissement annuel. Les indicateurs du climat économique envoient toutefois des signaux positifs pour le reste de l'année. Dès le mois de mai, l'indice mondial des directeurs d'achat (PMI) pour l'industrie a dépassé son niveau de février, mais avec 47,7 points, il reste en dessous du seuil de croissance de 50 points. Même en cas de reprise économique rapide, la récession de l'économie mondiale due au coronavirus devrait largement dépasser l'ampleur de la crise économique et financière de 2008/09.

Les indicateurs provisoires nationaux concernant les échanges extérieurs ont également continué à s'améliorer. Les attentes en matière d'exportations établies par l'institut ifo dans les industries manufacturières se sont nettement améliorées en juin. Actuellement, près de 20 % des entreprises comptent sur une amélioration dans les trois prochains mois (en mai : environ 14 %). Les entrées de commandes provenant de l'étranger ont également repris en mai, toutefois cela concerne surtout les entrées de commandes venant de la zone euro, et beaucoup moins celles venant des pays tiers. Ainsi, les perspectives pour le commerce extérieur allemand s'améliorent. À la suite de la relance de la production et de la demande, les exportations comme les importations devraient augmenter nettement au cours du deuxième semestre.

Le commerce extérieur allemand enregistreu une première reprise

En mai, en données corrigées des variations saisonnières et en prix courants, les exportations de biens et de services ont pu se remettre quelque peu des baisses importantes qu'elles avaient enregistrées lors des deux mois précédents avec une augmentation de 7,7 % par rapport à avril (avril : -22,4 %, mars : -10,8 %). Ainsi, les exportations de biens et de services s'élèvent toutefois à près de 75 % seulement du niveau d'avant la crise du coronavirus. Comparées sur deux mois, elles ont encore fortement baissé de 24,0 %.

L'impact de la pandémie de coronavirus n'a pas été partout le même, comme le montrent les données sur le commerce extérieur. Le commerce avec les pays qui ont été particulièrement touchés par la pandémie de coronavirus, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, continue à se développer de manière beaucoup plus faible qu'avec les pays qui ont peu de nouveaux cas de coronavirus, comme en Chine.

La reprise des importations nominales de biens et de services a été plus faible en mai (3,0 % par rapport à avril) en données corrigées des variations saisonnières par rapport au mois précédent (avril : -18,0 % ; mars : -6,8 %). Comparées sur deux mois, les importations se sont contractées de 19,7 % pour atteindre un niveau jamais atteint précédemment.

Après avoir atteint un niveau très bas, la production industrielle reprend - le creux de la vague est dépassé

La production dans le secteur secondaire connaît une nette reprise après la baisse drastique des deux derniers mois. Elle augmente de 7,8 % par rapport à avril en données corrigées des variations saisonnières. L'augmentation est particulièrement forte dans l'industrie (+10,3 %). En comparaison, le secteur de la construction enregistre une augmentation modérée de 0,5 %. La reprise de la production automobile (+216 % environ), qui était en grande partie à l'arrêt en avril, a été un facteur déterminant pour l'augmentation de la production industrielle. Toutefois, le niveau de la production automobile en mai ne correspond qu'à près de la moitié du niveau de l’année précédente. Une forte hausse de la production a aussi été enregistrée dans les importants domaines que représentent la construction mécanique et la fabrication de matériel électrique (+9,8 % et +4,7 % respectivement) ; l'indice ne s'élève cependant qu'à environ 79 % et 84 % respectivement du chiffre de l'année dernière. Les entrées de commandes dans les industries manufacturières ont connu une hausse de 10,4 % en mai par rapport au mois précédent (avril : -26,2 %). Les commandes de biens d'équipements ont progressé de 20,3 % (secteur automobile : +44,4 %), tandis que les biens de consommation et les biens intermédiaires ont enregistré de plus faibles augmentations de 4,7 % et 0,4 % respectivement.

Les données du mois de mai concernant la production et les entrées de commande indiquent que la récession dans l'industrie a dépassé le creux de la vague. L'indice ifo du climat des affaires et l'indice PMI pour l'industrie ont connu une nette reprise en mai et en juin. Le faible niveau de la production et des entrées de commandes ne s'améliore pas et montre toutefois que le processus de reprise est encore loin d'être terminé. De plus, l'évolution encore faible des commandes de pays non-européens continue de représenter un risque pour la poursuite de la reprise économique.

La reprise dans le commerce de détail a démarré

En mai, la consommation a redémarré nettement en raison de la réouverture des commerces. Les chiffres d'affaires dans le commerce de détail (sans le commerce de véhicules) ont enflé de 13,9 % d'avril à mai. Le commerce de détail de textiles, vêtements et chaussures en particulier a augmenté de 173 %, mais reste largement en dessous du niveau de mai 2019. Le commerce de l'ameublement a également fortement augmenté de +42 % ; déjà, les chiffres d'affaires sont de nouveau supérieurs à ceux de l'année précédente. La vente par correspondance a augmenté pour le deuxième mois consécutif de plus de 10 % (avril : +11,3 % et mai : +11,5 %). Le nombre de nouvelles immatriculations de voitures des utilisateurs privés est toutefois resté similaire à celui du mois précédent et se trouve ainsi bien en dessous du niveau d'avant la crise. En juin, l'indice ifo du climat des affaires pour le commerce de détail a augmenté fortement, même s'il reste encore dans le négatif. L'étude GfK du climat de la consommation montre une reprise en juillet. Les prix à la consommation ont progressé de 0,6 % en juin par rapport à mai, la hausse des prix étant surtout due aux voyages à forfait qui sont de nouveau possibles et sont devenus bien plus chers. Le taux d'inflation a augmenté en juin pour atteindre 0,9 % (en mai : 0,6 %). Le taux d’inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) n'a presque pas changé, en passant de 1,2 % en mai à 1,3 % en juin.

L'augmentation du chômage est beaucop plus faible que lors des mois précédents

Lors du mois de juin, les difficultés sur le marché du travail dues à la pandémie ont diminué. Le chômage a augmenté de 69 000 personnes en données corrigées des variations saisonnières, ce qui est nettement moins qu'en avril et en mai (+372 000 et +237 000 personnes respectivement). En chiffres non corrigés, il s'élève à 2,85 millions de personnes, ce qui correspond à une hausse de 637 000 personnes par rapport à l’année précédente. Grâce à l'utilisation massive du chômage partiel, une augmentation plus importante a été évitée. Les déclarations de chômage partiel conjoncturel ont concerné 342 000 personnes en juin, ce qui est moins élevé que lors des mois précédents (mai : 1,14 million de personnes ; mars/avril : 10,66 millions de personnes). Les inscriptions ont été particulièrement nombreuses dans la métallurgie, la construction automobile, l'hôtellerie et la restauration ainsi que dans les autres prestations de services. En ce qui concerne le nombre de personnes réellement au chômage partiel, les données actuellement disponibles sont uniquement celles concernant le mois d'avril. En avril, 6,8 millions de personnes ont touché des indemnités de chômage partiel conjoncturelles. Le montant maximum atteint pendant la crise économique et financière 2008/2009 a ainsi été très largement dépassé. Selon des estimations provisoires de l'Agence fédérale pour l'emploi, le chômage partiel a concerné légèrement moins de personnes en mai (près de 6 millions de personnes).

L'emploi en Allemagne en données corrigées des variations saisonnières a chuté de 314 000 personnes en mai, après une diminution de 273 000 personnes en avril. Cela représente les plus fortes diminutions enregistrées depuis la réunification de l'Allemagne. Une révision à la baisse des chiffres de l'emploi pour le mois d'avril est toutefois probable. C'est la raison pour laquelle on peut estimer que la baisse en mai est un peu moins marquée que celle du mois précédent. L'emploi soumis aux cotisations de sécurité sociale a perdu 276 000 personnes lors du mois du confinement, c'est-à-dire en avril (mars : -42 000 personnes). Les industries manufacturières, l'hôtellerie et la restauration, la mise à disposition de travailleurs intérimaires ainsi que le commerce sont particulièrement concernés. Les indicateurs provisoires enregistrent une reprise, mais ne laissent pas encore présager d'amélioration durable dans les prochains mois.

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[1] Le présent rapport se base sur des données disponibles au 10 juillet 2020. Sauf indications contraires, les chiffres indiqués représentent des taux de variation par rapport à la période précédente et sont établis sur la base de données corrigées de l'influence des prix ainsi que des effets calendaires et des variations saisonnières.