Courbe de croissance avec un stylo symbolise la situation économique ; source : iStockphoto.com/blackred

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  • L'impact de la pandémie de coronavirus a plongé l'économie allemande dans une profonde récession. Les mesures de restriction en mars et avril ont aussi freiné drastiquement la performance économique. Avec l'assouplissement des mesures de limitation des contacts sociaux, l'activité économique reprend depuis mai. Toutefois, la phase de reprise économique va s'étendre dans la durée puisque les risques épidémiologiques persistent et que les citoyens et l'économie doivent s'en accommoder. Comparé aux mesures prises par les autres pays, le train de mesures allemand est vaste et permet de soutenir le processus de relance de l'économie.
  • Les conséquences de l'ensemble des mesures de restriction affectent pleinement les entrées de commande et la production de l'industrie en avril. Après de fortes baisses en mars, la chute des chiffres de l'économie a été encore plus importante en avril. Les dépenses de consommation ont également diminué en avril. Les indicateurs provisoires indiquent toutefois une reprise à partir de mai.
  • La chute de la conjoncture et les restrictions dues à la pandémie ont fortement affectées le marché du travail. L'emploi enregistre une forte baisse. Pour le deuxième mois consécutif, le chômage a sensiblement augmenté, même si ce n'est pas aussi marqué que lors du mois précédent. Des licenciements ont pourtant été évités grâce à une utilisation fréquente du chômage partiel.

Situation générale : la conjoncture est au plus bas en avril mais une reprise progressive se fait sentir

L'économie allemande subit une profonde récession. Le creux de la vague a été atteint avec les mesures strictes de restriction en avril. À partir de mai, un assouplissement progressif des mesures de restriction dues au coronavirus permet une reprise économique. Dans un premier temps, cette reprise va se manifester nettement en mai et en juin après la chute vertigineuse voire l'arrêt de la production en avril. Cependant, les performances macroéconomiques vont continuer de baisser beaucoup plus encore en moyenne au deuxième trimestre par rapport au premier trimestre, où elles avaient déjà diminué de -2,2 %. [1] La reprise économique va continuer de traîner en longueur lors du deuxième semestre et par la suite encore. Pendant longtemps encore, les échanges extérieurs ne vont pas vraiment venir stimuler l'économie ; les citoyens et l'économie vont continuer de modifier leur comportement en raison du risque persistant d'une nouvelle flambée de l'épidémie. Même si les derniers indicateurs de conjoncture officiels qui sont véritablement pertinents actuellement sont ceux du mois d'avril, l'assouplissement des mesures de restriction tout autant que les indicateurs provisoires conventionnels ou moins conventionnels indiquent que nous avons dépassé le creux de la vague. Ainsi, l'indice ifo du climat des affaires et l'indice mondial des directeurs d'achat Markit ont par exemple connu une reprise en mai et les données à haute fréquence telles que les données de géolocalisation de Google ou l'indice du péage poids lourds-kilométrage parcouru (LKW-Maut-Fahrleistungsindex) indique une nette augmentation de l'activité économique.

L’économie mondiale : le PIB mondial s'effondre lors du premier trimestre

Les données concernant le premier trimestre 2020 indiquent peu à peu toute l'étendue de la récession mondiale provoquée par la pandémie de coronavirus. Ainsi, la performance économique mondiale a diminué de 2,9 % par rapport au trimestre précédent en chiffres corrigés des prix et en dollars américains. Début 2009, alors que la crise financière était à son paroxysme, le PIB mondial n'avait diminué que de 1,9 %. Sa chute lors du premier trimestre de 2020 est surtout due aux interruptions de la production en Chine dès le début de l'année 2020. La propagation de la pandémie dans le monde entier et les mesures de restriction mises en place dans la majorité des pays ne sont pas encore visibles dans ces données. Le commerce de biens mondial, qui a baissé de 2,5 % au premier trimestre par rapport au trimestre précédent, devrait aussi accuser une diminution plus importante lors du trimestre prochain. Les premiers indicateurs du climat des affaires envoient toutefois des signaux positifs en raison de l'assouplissement des mesures de restriction à l'échelle internationale. L'indice composite des directeurs d'achat de J. P. Morgan / IHS Markit, qui avait atteint un niveau historiquement bas en avril avec 26,2 points, a connu une reprise en mai (36,3 points). Ce chiffre reste cependant bien en dessous du seuil de croissance de 50 points ainsi que du niveau d'avant la crise.

Selon le scénario de base de ses prévisions de juin, l'OCDE prévoit une chute de la performance économique mondiale en 2020 de 6,0 % en chiffres corrigés des prix et du pouvoir d'achat. À l'époque de la crise financière mondiale, cette diminution ne s'élevait qu'à 0,1 %. L'OCDE est ainsi beaucoup plus pessimiste que le FMI, qui prévoyait dans ses prévisions d'avril un recul de 3,0 % de l'économie mondiale. La différence découle surtout du fait que l'OCDE émet des hypothèses bien plus pessimistes pour les pays émergents. En ce qui concerne l'année 2021, les deux institutions s'attendent à une forte reprise de la performance économique mondiale (OCDE : +5,2 % ; FMI : +5,8 %). Selon le scénario de base de l'OCDE, l'économie mondiale ne va retrouver son niveau d'avant la crise qu'à la fin de l'année 2021.

Les indicateurs du commerce extérieur allemand sont mitigés. Alors que les entrées de commandes provenant de l'étranger ont accusé un recul sans précédent de 28,1 % en avril par rapport au mois précédent en données corrigées des variations saisonnières, les attentes en matière d'exportations établies par l'institut ifo pour les industries manufacturières pour le mois de mai sont moins pessimistes qu'en avril. Actuellement, près de 14 % des entreprises comptent tout de même sur une amélioration dans les prochains trois mois. Au vu de la chute historique qu'il a subi en avril, il faut s'attendre à une reprise en mai du commerce extérieur allemand. Toutefois, une forte chute des exportations et des importations allemandes est à prévoir en moyenne pour l'année 2020.

Les exportations et les importations enregistrent des baisses historiques

Corrigées des variations saisonnières et à prix courants, les exportations de biens et de services ont diminué encore plus fortement en avril (-23,6 %) qu'en mars (-10,9 %). Comparées sur deux mois, elles laissent apparaître une chute historique de 21,2 %. Les exportations dans la zone euro et dans le reste de l'Union européenne sont plus durement touchées que celles dans les pays hors zone euro. Les véhicules et autres véhicules et équipements de transport, les machines et les appareils électroniques en particulier se sont moins exportés.

Les importations nominales de marchandises et de services ont aussi fortement diminué : -17,7 % en avril par rapport au mois précédent (-6,6 %) en données corrigées des variations saisonnières. Comparées sur deux mois, les importations se sont contractées de 15,3 % pour atteindre un niveau jamais atteint précédemment. Les faibles prix à l'importation ont toutefois contribué à cette baisse.

En avril, la production industrielle tombe au niveau le plus bas depuis 23 ans

Les résultats d'avril concernant la production industrielle en Allemagne reflètent les conséquences économiques des mesures de restriction. En données corrigées des variations saisonnières, la production dans l'industrie a reculé de 22,1 % par rapport au mois précédent, ce qui représente une baisse historique. L'indice correspondant s'élève à 70,0 points en avril (2015=100), ce qui correspond au niveau le plus bas depuis janvier 1997. La production automobile, qui s'élève à 15,1 points pendant ce mois, a ainsi été pratiquement mise à l'arrêt. Pendant ce temps, la production dans le secteur de la construction a aussi ralenti de 4,1 %. Comparée sur deux mois, la production industrielle a reculé de 20,6 % en mars/avril, ce qui correspond à l'ensemble de la période lors de laquelle les mesures de restriction les plus strictes étaient en vigueur. La réduction a été particulièrement marquée en ce qui concerne la production dans le secteur automobile (-57,5 %) et dans la construction mécanique (-18,8 %). Près de deux tiers du ralentissement de la production industrielle en mars/avril est dû à la réduction de la production dans ces deux secteurs. Dans le secteur de la construction, la production n'a en revanche que légèrement fléchi de 1,2 % en chiffres comparés sur deux mois.

Les entrées de commandes dans les industries manufacturières ont chuté de 25,8 % en avril, ce qui est dû à la fois à la demande intérieure et extérieure. Comparées sur deux mois, elles ont reculé de 26,3 %. En raison des niveaux historiquement bas atteints en avril, de l'assouplissement progressif des mesures de restriction et de la reprise progressive de la production automobile, on peut s'attendre à une reprise tangible de la production industrielle en mai. C'est ce qu'indiquent aussi les indicateurs provisoires. L'indice ifo du climat des affaires concernant les industries manufacturières s'est amélioré pour passer à -36,4 points, après avoir atteint un niveau historiquement bas (-44,5 points), mais reste anémique. L'indice partiel pour l'industrie de l'indice des directeurs d'achat de IHS Markit / BME s'est également amélioré, bien que plus faiblement. Parallèlement, l'indice du péage poids lourds-kilométrage parcouru (LKW-Maut-Fahrleistungsindex) a de nouveau connu une progression depuis mi-avril. Fin mai, il n'était plus que 5 % en dessous du niveau de l'année précédente en moyenne hebdomadaire.

Reprise de la consommation après une période de fort ralentissement

Le mois d'avril, qui a été entièrement affecté par les mesures de lutte contre le coronavirus, a notamment observé un net repli de la consommation des ménages. Les secteurs du commerce de détail et des services dans les domaines des loisirs, des divertissements, de la culture, de l'hôtellerie et de la restauration ainsi que de l'éducation et l'instruction et de la garde d'enfants ont également été particulièrement touchés par ces mesures. Après avoir reculé de 4,0 % en mars, les chiffres d'affaires dans le commerce de détail (sans le commerce de véhicules) ont encore régressé de 5,3 % en avril. Toutefois, les données déjà disponibles pour les mois suivants suscitent l'espoir. Après avoir atteint un niveau historiquement bas en mai, l'étude GfK du climat de la consommation s'améliore déjà pour le mois de juin. Les nouvelles immatriculations de voitures des utilisateurs privés ont aussi chuté drastiquement en mars (-31,5 %) et en avril (-31,0 %) par rapport au mois précédent à la suite de fermetures de filiales. Elles ont toutefois recommencé à augmenter sensiblement à partir de mai (+29,7%). En mars et en avril, l'indice ifo du climat des affaires pour le commerce de détail a également chuté profondément dans le négatif, mais a de nouveau progressé en mai et a ainsi presque retrouvé le niveau où il se trouvait en mars. L'évolution des prix n'a pas connu de variations majeures. Les prix à la consommation ont diminué de 0,1 % en mai. Toutefois, en ne tenant pas compte des prix de l'énergie qui ont diminué, ils enregistrent une faible augmentation de 0,1 %. Le taux d'inflation a diminué pour atteindre 0,6 %. L'inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) a cependant augmenté légèrement pour atteindre 1,3 %. L'écart existant par rapport à l'indice des prix à la consommation met en lumière l'influence négative des prix de l'énergie.

Le marché du travail : malgré l'augmentation massive du chômage partiel, le chômage progresse

La situation sur le marché du travail s'est empirée en mai. Corrigé des variations saisonnières, le chômage a de nouveau augmenté de 238 000 personnes, ce qui représente une hausse de 600 000 personnes en deux mois. En chiffres non corrigés, il s'élève à 2,81 millions de personnes, ce qui correspond à une hausse de 577 000 personnes par rapport à l’année précédente. Le chômage partiel permet d'éviter qu'il ne progresse encore plus. Le nombre de déclarations de chômage partiel conjoncturel a continué à être élevé en mai (1,1 millions de personnes), mais n'est plus aussi important qu'avant. L'hôtellerie et la restauration, l'industrie métallurgique et électrique ainsi que les autres prestations de services continuent d'être les principaux secteurs concernés. Selon les données provisoires, en mars, alors que les mesures de restriction sont entrées vigueur, 2,02 millions de personnes ont déjà touché les indemnités de chômage partiel conjoncturelles. Ce chiffre dépassait déjà largement le niveau record atteint lors de la crise financière et économique de 2008/2009. Selon les estimations provisoires de l'Agence fédérale pour l'emploi, une augmentation de près de 6 millions de personnes est attendue pour avril. L'emploi en Allemagne en données corrigées des variations saisonnières a chuté de 275 000 personnes en avril par rapport au mois précédent. Ce recul a été le plus fort qui ait été enregistré jusqu'ici dans l'Allemagne réunifiée. L'emploi soumis aux cotisations de sécurité sociale a baissé de 21 000 personnes en mars, et ce en particulier dans l'hôtellerie et la restauration, dans les industries manufacturières et dans le secteur de la mise à disposition de travailleurs intérimaires. Les indicateurs provisoires ne présentent pas de reprise durable pour les prochains mois.

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[1] Le présent rapport se base sur des données disponibles au 15 juin 2020. Sauf indications contraires, les chiffres indiqués représentent des taux de variation par rapport à la période précédente et sont établis sur la base de données corrigées de l'influence des prix ainsi que des effets calendaires et des variations saisonnières.