Courbe de croissance avec un stylo symbolise la situation économique ; source : iStockphoto.com/blackred

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  • La pandémie de coronavirus a plongé l'économie mondiale dans une récession. En raison des mesures de restriction nationales, la performance économique de l'Allemagne a déjà sensiblement diminué au premier trimestre. Cette diminution va tout d'abord encore s'accentuer au deuxième trimestre. Au cours du deuxième trimestre, une reprise devrait toutefois déjà se dessiner. Les mesures du gouvernement fédéral y contribuent. Cependant, ce processus de reprise économique devrait s'étaler sur une longue durée.
  • Les importantes mesures de restriction affectent fortement les entrées de commandes et la production dans l'industrie, qui ont fortement baissé dès mars. La baisse pourrait être encore plus importante en avril. De plus, beaucoup de services ont été proscrits par les mesures de restrictions et les possibilités de consommer ont été réduites.
  • Les conséquences sur le marché du travail sont particulièrement visibles. L'emploi diminue. Le nombre de déclarations de chômage partiel pour les mois de mars et d'avril est très élevé. Le chômage a aussi augmenté fortement en à peine un mois.

Situation générale : le coronavirus plonge l'économie allemande dans une récession

La performance économique en Allemagne a chuté en mars et en avril. Les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus ont provoqué une récession. À la suite des importantes mesures de restriction, la chute de l'économie depuis la mi-mars a été si importante que le produit intérieur brut a déjà diminué de 2,2 % en moyenne lors du premier trimestre par rapport au trimestre précédent. [1],[2]

Avec la réduction de la vie sociale et la chute de la demande nationale et celle provenant de l'étranger ainsi qu'avec la suspension des chaînes d'approvisionnement, les dépenses de consommation des ménages ainsi que les exportations et les investissements dans le domaine de l'équipement sont fortement réduites. Seuls les investissements dans le secteur de la construction et les dépenses de l'État ont augmenté. La récession devrait avoir atteint son point le plus bas en avril, lors de la mise à l'arrêt généralisée de la production dans l'industrie automobile. Un prudent assouplissement des mesures de restriction voit le jour depuis début mai et permet une reprise économique. Comme la pandémie de coronavirus reste d'actualité, la reprise va cependant prendre du temps. Lors du deuxième trimestre, la performance économique va ainsi être sensiblement plus faible que lors du premier trimestre. La chute de la conjoncture a d'énormes répercussions sur l'emploi. Les mesures destinées à faciliter l'accès au chômage partiel permettent de conserver de nombreux emplois, mais en contrepartie, le nombre de salariés au chômage partiel en mars et en avril va être plus élevé que jamais. En ce qui concerne l'économie, il n'existe pas encore de solution sûre qui permette d'indiquer quand et dans quelle mesure les restrictions pourront être assouplies. C'est la raison pour laquelle il règne beaucoup d'incertitudes vis-à-vis de l'évolution de la situation. Dans ce contexte, les indicateurs du climat économique prospectifs n'envoient toujours pas de signal positif, même si un tournant de la conjoncture semble se dessiner début mai.

L’économie mondiale : face à la plus grave récession depuis la crise financière

Cette année, la pandémie de coronavirus a plongé la conjoncture mondiale dans une plus grave récession que lors de la crise financière de 2008-2009. Avec la réduction significative de la production industrielle mondiale en janvier et février, une diminution de la création de valeur se profilait déjà au cours du premier trimestre. Les suspensions de la production en Chine dès le début de l'année 2020 sont les principaux facteurs responsables de cette diminution. La propagation de la pandémie dans le monde entier n'est pas encore visible dans ces données. C'est aussi la raison pour laquelle la diminution du commerce mondial par rapport au mois précédent ne s'élève qu'à -1,4 % en janvier et -1,5 % en février et reste ainsi modérée. L'indice composite des directeurs d'achat de J. P. Morgan / IHS Markit indique un recul important de l'économie mondiale pour les prochains mois, avec un niveau historiquement bas en avril de 26,5 points, ce qui est largement en-dessous du seuil de croissance de 50 points. Les plus grandes économies ont enregistré de fortes chutes du PIB lors du premier trimestre. La China a ainsi enregistré une baisse de -9,8 % de son PIB, la zone euro de -3,8 %, les États-Unis de -1,5 % par rapport au trimestre précédent après correction des prix et des variations saisonnières. Dans ses prévisions d'avril, le Fonds monétaire international prévoit une chute de la performance économique mondiale en 2020 de 3,0 % en chiffres corrigés des prix et du pouvoir d'achat. À l'époque de la crise financière mondiale, cette diminution ne s'élevait qu'à 0,1 %. Pour l'année 2021, une forte augmentation de 5,8 % est attendue. Toutefois, ce scénario prévoit que la performance économique des économies développées n'aura pas toujours retrouvé son niveau d'avant la crise d'ici fin 2021.

Les indices nationaux relatifs aux échanges extérieurs souffrent aussi du choc dû au coronavirus. En mars, les entrées de commande provenant de l'étranger ont chuté de 16,1 % en chiffres réels et corrigés des variations saisonnières. Les attentes en matière d'exportations de l'institut ifo pour les industries manufacturières d'avril ont plongé à un niveau encore jamais atteint. En raison de la propagation à l'échelle planétaire de la pandémie, il faut s'attendre à une nouvelle baisse des exportations pour le deuxième trimestre. On ne peut tabler sur une reprise progressive de l'économie mondiale qu'à partir du deuxième semestre de 2020. Les échanges extérieurs de l'Allemagne devraient cependant se redresser un peu à partir de mai. Toutefois, même dans un tel cas, il faut s'attendre à une forte chute des exportations et des importations allemandes en moyenne pour l'année 2020.

Les exportations et les importations en chute libre

En mars, en raison de la pandémie de coronavirus et des mesures de restriction pour limiter sa propagation, les exportations de marchandises et de services ont chuté fortement de 11,5 % par rapport au mois précédent en données corrigées des variations saisonnières et à prix courants. Lors du premier trimestre, un recul des exportations de 2,9 % a été enregistré.

Les importations nominales de marchandises et de services ont aussi fortement diminué de -6,6 % en mars par rapport au mois précédent en données corrigées des variations saisonnières. En comparaison trimestrielle, les importations ont chuté de 2,4 % par rapport au trimestre précédent. La forte diminution des prix à l'importation devrait quelque peu tempérer cette chute en chiffres corrigés des prix.

Chute de la conjoncture dans l'industrie

Les chocs conjoncturels mondiaux dus à la pandémie de coronavirus affectent gravement l'industrie allemande. En mars, le production industrielle a baissé de 11,6 %, tandis que le secteur de la construction enregistrait encore une hausse de 1,8 %. Comme l'année 2020 avait bien commencé, la comparaison trimestrielle ne présente encore pas de différence flagrante. Ainsi, la production dans le secteur secondaire n'a diminué que de 1,2 % au total lors du premier trimestre. La production dans l'industrie a diminué de 2,4 %, mais celle du secteur de la construction est restée forte, en enregistrant une croissance de 5,5 %. Dans l'industrie, les secteurs de la construction mécanique et automobile ont réduit fortement la production (-3,9 % et -9,6 % respectivement). Les fabricants de produits chimiques et pharmaceutiques ont quant à eux enregistré une forte augmentation lors du premier trimestre (+3,6 % et +2,2 % respectivement). Avec la pandémie de coronavirus, les entrées de commande dans les industries manufacturières ont chuté de 15,6 % en mars, ce qui est dû à la fois à la demande intérieure et extérieure. Lors du premier trimestre, la diminution n'a été que de 2,7 % au total en raison du bon début d'année 2020. En raison des mesures de restriction à partir de la mi-mars, il faut s'attendre à une diminution bien plus forte de la production en avril. C'est-ce qu'indiquent les enquêtes sur le climat des affaires en avril. L'indice ifo du climat des affaires concernant les industries manufacturières a de nouveau chuté de près de 44,4 points pour atteindre un niveau historiquement bas et l'indice PMI IHS Markit a aussi accusé pour la deuxième fois consécutive une forte baisse, pour atteindre 34,5 points.

Une consommation fortement ralentie

Les mesures de protection contre le virus ont conduit à une forte réduction de la consommation des ménages. Cela a surtout des conséquences sur le commerce de détail et les services dans les domaines des loisirs, des divertissements, de la culture, de l'hébergement et de la restauration ainsi que de l'éducation et l'instruction et de la garde d'enfants. Les chiffres d'affaires dans le commerce de détail (à l'exception de l'industrie automobile) ont certes bien débuté l'année, mais ont chuté de 4,0 % en mars à la suite des mesures de restriction. Après une détérioration notable du climat de la consommation en mars et en avril selon l'étude GfK, celui-ci a atteint un niveau historiquement bas en mai. En mars et en avril, les nouvelles immatriculations de voitures des utilisateurs privés ont chuté drastiquement par rapport au mois précédent à la suite de fermetures de filiales. En avril, elles s'élevaient à près de 60 % au-dessous du niveau de l’année précédente. En mars et en avril, l'indice ifo du climat des affaires pour le commerce de détail a chuté profondément dans le négatif parce qu'une détérioration drastique des prévisions pour les prochains mois se fait sentir. L'évolution des prix n'a pas connu de variations majeures. Les prix à la consommation ont certes augmenté de 0,4 % en avril à l'occasion des fêtes de Pâques en raison de facteurs saisonniers, mais les prix de l'énergie continuent à freiner l'évolution. Le taux d'inflation a diminué pour se situer à 0,9 %. L'inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) a faibli et s'élève maintenant à 1,2 %.

Marché du travail : Un fort recours au chômage partiel limite le chômage

Pour le mois de référence, c'est-à-dire avril, les conséquences de la pandémie de coronavirus sont particulièrement visibles. Le chômage a augmenté de 373 000 personnes en données corrigées des variations saisonnières. Près d'un tiers de cette augmentation est dû au coronavirus et aux difficultés d'accès à des programmes d'emploi mis en place par les autorités qui en découlent. En chiffres non corrigés, il s'élève à 2,64 millions de personnes, ce qui correspond à une hausse de 415 000 personnes par rapport à l’année précédente. Les déclarations de chômage partiel conjoncturel ont continué à être en hausse : elles ont bondi de 2,6 millions de personnes en mars à 7,5 millions de personnes entre le 1er et le 26 avril. Au total, 10,1 millions de personnes ont été déclarées au chômage partiel en un peu moins de deux mois. L'hôtellerie et la restauration, l'industrie métallurgique et électrique ainsi que les autres prestations de services sont les principaux secteurs concernés. Il convient toutefois de prendre en compte que, par expérience, toutes les personnes déclarées au chômage partiel ne se servent pas toujours de cette option. L'emploi en données corrigées des variations saisonnières a diminué en mars de 41 000 personnes. L'emploi soumis aux cotisations sociales a augmenté seulement de 11 000 personnes en février. Les indicateurs provisoires laissent entrevoir une baisse persistante de l'emploi dans les secteurs de l'industrie, du commerce et des autres prestations de services ainsi qu'un chômage qui continue à augmenter.

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[1] Le présent rapport se base sur des données disponibles au 15 mai 2020. Sauf indications contraires, les chiffres indiqués représentent des taux de variation par rapport à la période précédente et sont établis sur la base de données corrigées de l'influence des prix ainsi que des effets calendaires et des variations saisonnières.
[2] Communication sommaire de l'Office fédéral de la Statistique du 15 mai 2020 concernant l'évolution du produit intérieur brut au premier trimestre 2020.