Courbe de croissance avec un stylo symbolise la situation économique ; source : iStockphoto.com/blackred

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  • La pandémie de coronavirus a plongé l'économie mondiale dans une récession. Les performances économiques de l'Allemagne vont elles aussi diminuer. L'évolution est associée à beaucoup d'incertitudes. Cependant, une reprise économique devrait se dessiner lors du deuxième semestre de 2020. Les mesures prises par le gouvernement fédéral contribuent à réduire les effets négatifs sur l'économie.
  • Les entrées de commande, la production et les chiffres d'affaires dans l'industrie s'étaient redressés au début de l'année. En raison du choc massif pour l'offre et la demande en Allemagne et à l'étranger dû à la pandémie de coronavirus, l'évolution de la conjoncture s'est inversée. En mars et au cours du deuxième trimestre, la conjoncture industrielle devrait s'effondrer.
  • Avec la limitation des contacts et de la vie sociale, un grand nombre de services en particulier ont été restreints et la consommation des ménages a beaucoup baissé.
  • Le coronavirus entrave le marché du travail. Les déclarations de chômage partiel sont fortement en hausse et concernent bien plus d'un million d'employés. L'emploi ne va pas continuer d'augmenter. Le chômage va croître.

Situation générale : L'économie allemande plongée dans une récession à cause du coronavirus

Depuis mars, l'économie allemande est plongée dans une récession. Cette récession devrait subsister jusqu'au milieu de l'année. La pandémie de coronavirus met à mal l'économie mondiale et allemande. La demande mondiale en chute libre, la mise à l'arrêt des chaînes d'approvisionnement, le changement de comportement des consommateurs et l'inquiétude des investisseurs ont de très grandes conséquences pour l'Allemagne. Les restrictions et autres mesures de protection de la santé et des vies humaines dans de nombreuses régions dans le monde n'affectent pas seulement l'industrie mais aussi un grand nombre de secteurs des services de manière importante. De telles mesures ont été déployées progressivement dès la mi-mars en Allemagne. Pour cette raison, les performances économiques ont probablement déjà fortement chuté en moyenne lors du premier trimestre. Il faut s'attendre à ce que cette évolution se poursuive et s'amplifie en avril. Même si les premières mesures de protection vont pouvoir par la suite être assouplies, la conjoncture va rester en berne et ne connaîtra que peu à peu une reprise.

Il est actuellement difficile d'estimer l'ampleur de la crise. Le groupe d’analyse et de prévision économiques « Gemeinschaftsdiagnose » des instituts de recherche économique s'attend à un recul du produit intérieur brut (PIB) corrigé des prix lors du premier et du deuxième trimestre de 1,9 % et de 9,8 % respectivement par rapport au trimestre précédent. [1] En cas de reprise relativement rapide au cours de l'année, le groupe d'analyse et de prévision économiques « Gemeinschaftsdiagnose » s'attend à une baisse du PIB de 4,2 % pour l'année 2020. C'est ce que confirment certains signes tels que l'évolution des indices boursiers ou les indices du climat des affaires de l'institut ifo ou de Markit. Une évaluation spéciale de l'indice du péage poids lourds-kilométrage parcouru (LKW-Maut-Fahrleistungsindex) indique par exemple une chute de l'indice de près de 10 % lors des sept derniers jours de mars par rapport à avant la crise du coronavirus. Plus d'un million de déclarations de chômage partiel ont été examinées jusqu'au 25 mars, et beaucoup d'autres n'avaient pas encore pu être examinées à cette date. Le gouvernement fédéral a pris un vaste train de mesures pour limiter et surmonter les conséquences économiques de la pandémie. Pour cette raison, le groupe d’analyse et de prévision économiques « Gemeinschaftsdiagnose » s'attend aussi à une forte reprise économique de 5,8 % pour l'année 2021.[2] Actuellement, l'évolution économique fait cependant encore face à de nombreuses incertitudes qui sont inhabituelles.

La pandémie de coronavirus étend son ombre sur l'économie mondiale

Avec la pandémie de coronavirus qui touche le monde entier, la conjoncture mondiale continue de traverser une forte récession. En janvier déjà, des pertes de production en Chine ont contribué à la plus grande baisse de la production industrielle mondiale depuis la crise financière avec une réduction de 4,3 % par rapport à janvier 2019. L'indice composite des directeurs d'achat de J. P. Morgan / IHS Markit pour l'économie mondiale a chuté de 39,4 points pour atteindre un niveau historiquement bas lorsqu'il est devenu évident que l'épidémie allait se diffuser dans le monde entier. Dans son rapport de printemps, le groupe d’analyse et de prévision économiques « Gemeinschaftsdiagnose » prévoit que les performances économiques mondiales pondérées en fonction du pouvoir d'achat diminueront de 1,8 % en moyenne en 2020 pour ensuite augmenter fortement en 2021 (+5,7 %).

La crise économique mondiale se reflète dans les principaux indices nationaux concernant les échanges extérieurs. Les attentes en matière d'exportations établies par l'institut ifo pour les industries manufacturières pour mars représentent les attentes les plus pessimistes depuis la crise financière. Après une première diminution en raison des mesures de restrictions en Chine lors du premier trimestre, il faut donc s'attendre à ce que le commerce mondial recule surtout au deuxième trimestre.

Les exportations en février étaient encore stables

Par rapport au mois précédent, les exportations de biens et de services sont restées stables (+0,0 %) en février après correction des variations saisonnières et en prix courants. En comparaison sur deux mois, les exportations ont toutefois connu une forte augmentation de 1,4 %. Au vu de la légère hausse des prix à l'exportation, cette progression devrait être un peu plus faible en chiffres non corrigés.

Par rapport au mois de janvier, les importations de biens et de services ont sensiblement reculé (-1,3 %) en février déjà après correction des variations saisonnières et en prix courants. Comparées sur deux mois, les importations ont en revanche augmenté de 0,2 % par rapport à la période précédente. En raison de la forte baisse des prix à l'importation, une forte augmentation devrait en résulter en chiffres corrigés des prix.

La chute de la conjoncture est inévitable dans l'industrie

Les indices quantifiables disponibles encore dernièrement pour le secteur secondaire concernent une période lors de laquelle la pandémie de coronavirus n'en était encore qu'à ses débuts en Allemagne. L'évolution des entrées de commande, de la production et des chiffres d'affaires dans l'industrie présentait une tendance positive et indiquait un tournant conjoncturel après deux ans de faiblesse persistante. En février, la production dans l'ensemble du secteur secondaire a progressé de 0,3 %. En comparaison sur deux mois, l'industrie a enregistré une reprise évidente de 1,9 % en janvier/février par rapport à novembre/décembre. La production dans le secteur de la construction a même fortement augmenté de 4,4 %. Les industries manufacturières ont certes enregistré un recul des entrées de commande en février, mais celles-ci ont également nettement augmenté de 3,3 % en comparaison sur deux mois et de 2,4 % si on enlève les grosses commandes. À partir de mars, le secteur secondaire fait aussi face à une nouvelle donne mondiale. Un déclin sans précédent de la conjoncture industrielle est à prévoir dans les prochains mois en raison de la pandémie de coronavirus. C'est ce qu'indiquent aussi les enquêtes sur le climat des affaires dans les industries manufacturières en mars. L'indice ifo du climat des affaires concernant les industries manufacturières a chuté de près de 20 points pour atteindre un niveau historiquement bas et l'indice PMI IHS Markit a aussi accusé une forte baisse pour atteindre 45,4 %.

Une consommation fortement ralentie

Pour des raisons impérieuses de santé publique, l'État a fortement limité les activités économiques des ménages au moyen de mesures de réduction des contacts sociaux dans l'espace public. Cela a surtout des conséquences sur le commerce de détail et les services dans les domaines des loisirs, des divertissements, de la culture, de l'hébergement et de la restauration ainsi que de l'éducation et l'instruction et de la garde d'enfants. Même si les chiffres d'affaires du commerce de détail sans le commerce automobile, qui représentent près d'un tiers des dépenses de consommation des ménages, ont encore augmenté de 1,2 % en février, il faut s'attendre à une forte baisse dans les prochains mois. Ainsi, l'étude GfK du climat de la consommation s'est visiblement assombrie et devrait se détériorer significativement en avril. En mars, les nouvelles immatriculations de voitures des utilisateurs privés ont déjà reculé de 31,4 % par rapport au mois précédent et étaient ainsi inférieures de 34,4 % au niveau de l'année précédente. En mars, l'indice ifo du climat des affaires pour le commerce de détail a chuté profondément dans le négatif tandis qu'une détérioration drastique des prévisions pour les prochains mois se fait sentir. En revanche, l'évolution des prix n'a pas connu de variations majeures. En mars, les prix à la consommation ont progressé de 0,1 %, le recul des prix de l'énergie ayant freiné l'évolution. Le taux d'inflation a chuté pour atteindre 1,4 %, alors que le taux d’inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) a augmenté pour s'élever à 1,6 %.

Le marché du travail marqué par le chômage partiel

Les dates limites pour le rapport sur le marché du travail étaient fixées à un moment où les conséquences du coronavirus en Allemagne étaient encore limitées. C'est la raison pour laquelle on enregistre une augmentation du nombre de personnes actives corrigé des variations saisonnières (+18 000) en février. L'emploi soumis aux cotisations sociales a augmenté de 52 000 personnes en janvier. Toutefois, il a chuté dans les industries manufacturières (-40 000 personnes), en particulier dans l'industrie métallurgique et électrique ainsi que dans la sidérurgie, et cette tendance négative s'est poursuivie dans le domaine de la mise à disposition de travailleurs intérimaires. À la date limite du 12 mars, le chômage était presque aussi haut qu'en février. En chiffres non corrigés, il s'élève à 2,34 millions de personnes, ce qui correspond à une hausse de 34 000 personnes par rapport au mois de mars de l’année précédente. L'évolution du sous-emploi a été similaire.

Les demandes d'indemnités de chômage partiel conjoncturelles connaissent toutefois une augmentation vertigineuse. Selon une évaluation intermédiaire de l'Agence fédérale pour l’emploi du 25 mars, rien qu'avec les demandes déjà examinées de chômage partiel de 55 000 entreprises, plus d'un million d'employés sont déjà touchés par le chômage partiel. Jusqu'au 6 avril, le nombre d'entreprises au chômage partiel a monté en flèche pour atteindre 650 000 entreprises. Les indicateurs provisoires pour le marché du travail se sont affaissés et laissent attendre une baisse de l'emploi et une augmentation du chômage en conséquence du coronavirus.

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[1] Le présent rapport se base sur des données disponibles au 14 avril 2020. Sauf indications contraires, les chiffres indiqués représentent des taux de variation par rapport à la période précédente et sont établis sur la base de données corrigées de l'influence des prix ainsi que des effets calendaires et des variations saisonnières.
[2] Le gouvernement fédéral publiera ses prévisions de printemps le 29 avril 2020.