Courbe de croissance avec un stylo symbolise la situation économique ; source : iStockphoto.com/blackred

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  • Le début de l'année était tout d'abord marqué par une relance de l'activité économique. Au plus tard à partir du mois de mars et au fur et à mesure que le coronavirus se propage, le développement économique devrait ralentir considérablement.
  • Les entrées de commandes, les chiffres d'affaires et la production dans l'industrie ont nettement augmenté au début de l'année, en raison d'effets spéciaux notamment. Les pronostics pour le secteur secondaire se sont de nouveau améliorés en février. Les conséquences économiques du COVID-19 n'étaient toutefois pas prises en considération dans les calculs.
  • Les indicateurs de la consommation des ménages continuent à envoyer des signaux mitigés.
  • L'évolution positive mais ralentie des emplois se poursuit. Le taux de chômage a stagné.

SITUATION GÉNÉRALE : LE CORONAVIRUS FREINE LA LÉGÈRE RELANCE
Le coronavirus met l'économie allemande en difficulté. Pour l'instant, on ne sait pas encore à quel point et pour combien de temps par manque de données conjoncturelles pertinentes. Par ailleurs, nous ne savons pas encore à quelle vitesse et à quelle intensité se propagera le virus. Compte tenu du développement très dynamique, il faut cependant s'attendre à des effets conjoncturels importants. L'économie allemande était en train de surmonter la phase de faiblesse dans laquelle elle avait plongé depuis début 2018 et qui était associée à la récession industrielle mondiale et aux conflits commerciaux. Après la stagnation du produit intérieur brut au dernier trimestre de 2019, les entrées de commandes industrielles, les chiffres d'affaires et la production de l'économie allemande avaient fortement augmenté en janvier. [1] Les données avaient donc laissé entrevoir une nette relance économique au premier trimestre 2020. Aujourd'hui, personne ne s'attend plus à un tel scénario étant donné que l'économie allemande subira probablement des pertes dans les échanges extérieurs avec certains pays plus fortement concernés par le virus et que dans le domaine des services, une modification de la demande entraînera des pertes de chiffres d'affaires. L'évolution conjoncturelle dépendra de la propagation nationale et internationale du coronavirus. Du côté de l'offre, l'économie allemande subira probablement les effets d'un dysfonctionnement des chaînes d'approvisionnement et de pertes de production pour incapacité de travail. Du côté de la demande, la faible demande en exportations ainsi qu'une consommation nettement plus modérée vont freiner l'évolution économique. Les pandémies peuvent toucher le monde entier sous forme de vagues, mais l'expérience montre que dans les différentes régions, elles ont plutôt un effet très fort et très limité dans le temps. Par conséquent, on pourrait tabler sur un ralentissement sensible de la conjoncture au deuxième trimestre mais sur une stabilisation déjà au troisième trimestre de cette année pourvu que les chaînes d'approvisionnement redeviennent opérationnelles dans de brefs délais.

Les incertitudes actuelles concernant l'évolution conjoncturelle se traduisent également par des turbulences sur les marchés financiers. Depuis le début de la dernière semaine de février, les experts financiers essaient de réévaluer la situation actuelle. Les 6, 9 et 12 mars, les bourses ont subi de lourdes pertes. Le DAX, principal indice boursier allemand, a enregistré des pertes d'environ 30 % par rapport à la situation du 21 février tout comme l'indice américain DOW JONES, qui, dans la même période, a perdu environ 27 %.

SITUATION ÉCONOMIQUE MONDIALE : RALENTISSEMENT DÉJÀ AVANT LE CORONAVIRUS
La conjoncture mondiale reste atone. Cependant, les indicateurs disponibles à l'heure actuelle ne reflètent pas encore la totalité des effets de la propagation du coronavirus. En décembre, le commerce mondial n'a enregistré qu'une légère progression par rapport au mois précédent, après avoir été en particulier freiné par des tendances protectionnistes. En 2019, le volume du commerce mondial a été inférieur à celui de l'année précédente, et ce pour la première fois depuis la crise financière. Parallèlement, en décembre, la production industrielle mondiale a de nouveau connu une légère augmentation en glissement annuel. Pour l'année 2019 dans son ensemble toutefois, le taux de croissance a été le plus faible depuis dix ans.

En revanche, le coronavirus se répercute sur les indices de moral économique. Après les interruptions de production survenues en Chine, l'indice composite des directeurs d'achat de J. P. Morgan / IHS Markit pour l'économie mondiale a chuté en février pour atteindre un niveau historiquement bas en dessous du seuil de croissance de 50 points. Dans une première réaction à l'évolution en Chine, les organisations internationales ont nettement revu à la baisse leurs prévisions pour le développement de l'économie mondiale. À l'heure actuelle pourtant, il est difficile d'estimer quels seront les effets d'une propagation accrue du virus et d'une détérioration de la demande mondiale ainsi que des chaînes de valeur. La propagation et les impondérables y afférents devraient de toute façon continuer à étouffer la conjoncture mondiale déjà affaiblie.

LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS ALLEMANDS RESTENT FAIBLES
La conjoncture mondiale affaiblie se reflète dans les chiffres illustrant les échanges extérieurs de l'Allemagne. Par rapport au mois précédent, les exportations de biens et de services ont augmenté de 0,2 % en janvier après correction des variations saisonnières et en prix courants. En comparaison sur deux mois, une légère baisse de -0,3 % a été enregistrée qui pourrait s'avérer être un peu plus élevée en termes réels étant donné la légère augmentation des prix à l'exportation. Selon les indicateurs actuels, il n'y aura pas de relance importante, même si les données ont été relevées pour la plus grande partie avant la propagation du coronavirus. Les estimations en matière d'exportations pour les industries manufacturières de l'institut ifo n'ont pas repris des couleurs dans les derniers mois. Si les entrées de commandes en provenance de l'étranger ont nettement augmenté en janvier, c'est le nombre de grosses commandes supérieur à la moyenne et des effets de rattrapage calendaires qui expliquent ce constat.

Par rapport au mois de décembre, les importations de biens et de services ont reculé de -0,3 % en janvier après correction des variations saisonnières et en prix courants. Comparées sur deux mois, les exportations ont stagné (+0,0%). En raison de la légère augmentation des prix à l'exportation, elles devraient cependant afficher un léger recul.

PERSPECTIVES POUR L'ALLEMAGNE : LA FAIBLE REPRISE NE S'IMPOSERA PAS
Les indicateurs disponibles pour le secteur secondaire n'ont pas encore subi l'impact du coronavirus. En janvier, tant les entrées de commandes que la production ont augmenté nettement, ce qui est certes dû pour une partie à des effets de rattrapage en raison d'un nombre supérieur à la moyenne de ponts en décembre. Par ailleurs, ce phénomène s'explique certainement par le nombre de grosses commandes. Dans l'ensemble, juste avant l'apparition du coronavirus, une embellie venait de s'annoncer pour l'industrie. Par contre, en raison de la propagation mondiale du virus, l'industrie devra affronter un nouveau bouleversement potentiellement majeur dont il est encore impossible de déterminer précisément les conséquences néfastes pour l'économie. En janvier, la production dans l'ensemble du secteur secondaire a progressé de 3,0 %. L'industrie a enregistré une hausse de 2,9 % et le secteur de la construction une hausse de 4,7 %. Comparée sur deux mois, la production dans le secteur secondaire dans son ensemble et dans l'industrie n'a presque pas changé en décembre/janvier par rapport à octobre/novembre (respectivement -0,1 %). En revanche, la production dans le secteur de la construction a augmenté de 0,7 %. En comparaison sur deux mois, les entrées de commandes dans les industries manufacturières ont légèrement progressé de 0,2 % et de 0,5 % après correction des grosses commandes. Le climat des affaires dans les industries manufacturières s'est amélioré en février pour le troisième mois consécutif. Les perspectives pour les six mois à venir se sont donc faiblement améliorées. Toutefois, ces donnés ne tiennent apparemment pas compte des conséquences du coronavirus.

AFFAIBLISSEMENT DE L'INFLUENCE DE LA CONSOMMATION
Les dépenses de consommation des ménages ont certes stagné au dernier trimestre 2019, mais au troisième trimestre elles avaient nettement progressé. Avant les incertitudes liées au coronavirus, on avait tablé sur une poursuite de la conjoncture intérieure stable en raison des attentes favorables en matière de revenus et d'emploi. Il faut cependant s'attendre à ce que les consommateurs modifient leur comportement et donc à une demande nettement moins prononcée. Au début de l'année, donc avant l'apparition du coronavirus, les indicateurs avaient envoyé des signaux mitigés. Les chiffres d'affaires du commerce de détail sans le commerce automobile, qui représente près d'un tiers des dépenses de consommation des ménages, ont augmenté de 0,9 % en janvier. En janvier et en février, les nouvelles immatriculations de voitures, qui ont augmenté de 0,8 % au quatrième trimestre, ont diminué sensiblement par rapport à la fin de l'année. Le climat des affaires dans le commerce de détail s'est refroidi en février, il reste toutefois positif et nettement au-dessus de la moyenne enregistrée sur plusieurs années. L'évolution des prix n'a pas connu de variations majeures. En février, les prix à la consommation ont progressé de 0,4 %, le recul des prix de l'énergie ayant freiné l'évolution. Le taux d'inflation n'a pas changé et s'élève toujours à 1,7 %, il en est de même de l'inflation sous-jacente (hors énergie et produits alimentaires) qui se monte à 1,5 %.

EN MARS, LE MARCHÉ DU TRAVAIL RESTE ROBUSTE
Même dans le contexte d'une conjoncture ralentie, le marché du travail reste plus ou moins robuste. En janvier, l'augmentation du nombre de personnes actives corrigé des variations saisonnières (+18 000 personnes) a été aussi élevée quelors des douze derniers mois en moyenne. En décembre, pour la première fois, l'augmentation du nombre de personnes actives assujetties à cotisations sociales (+59 000 personnes) était même aussi dynamique qu'au début de l'année 2019. L'évolution dans le domaine de la mise à disposition de travailleurs intérimaires (-10 000 personnes) montre toutefois qu'une pression énorme pèse sur la conjoncture. Le chômage reste stable depuis l'été, il a toutefois reculé en février pour le deuxième mois consécutif (-10 000). En chiffres non corrigés, il s'élève à 2,4 millions de personnes et dépasse légèrement le niveau de l'année précédente de 23 000 personnes. L'évolution du sous-emploi a été synchrone. Le recours aux allocations de chômage partiel pour des raisons conjoncturelles va augmenter de manière accélérée même si les données les plus récentes relatives au chômage partiel ne le confirment pas encore. En décembre, le recours aux allocations de chômage partiel (90 000 personnes) a été plus faible qu'en novembre et en janvier, avant la propagation du coronavirus, les déclarations anticipées de chômage partiel ont également légèrement fléchi pour atteindre
42 000 personnes. Les indicateurs provisoires indiquent une légère poursuite de la création d'emplois et peu de modifications du chômage. Il reste cependant à voir dans quelle mesure la propagation du coronavirus affectera le marché du travail.

Remarque :
Plus d'informations sur la conjoncture seront publiées dans le rapport mensuel d'avril « Schlaglichter der Wirtschaftspolitik ». Cette publication devrait être mise en ligne à partir du 23 mars 2020 sur le site Internet du ministère fédéral de l'Économie et de l'Énergie.

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[1] Le présent rapport se base sur des données disponibles au 13 mars 2020. Sauf indications contraires, les chiffres indiqués représentent des taux de variation par rapport à la période précédente et sont établis sur la base de données corrigées de l'influence des prix ainsi que des effets calendaires et des variations saisonnières.