M. Laskowski, vous êtes impliqué dans GAIA-X en tant que représentant de la partie utilisateur depuis janvier 2020, et dans ce contexte vous avez pris le rôle de parrain du groupe de travail spécifique au domaine "Energie" au nom de Martine Gouriet d'EDF, une société sur le marché européen de l'énergie qui gère la data room Energie. À l'époque, le groupe de travail en était encore à ses débuts, où en sont les travaux aujourd'hui - dix mois plus tard ?

Lorsque GAIA-X a débuté, j'étais encore seul dans le domaine de l'énergie, mais nous avons maintenant constitué un groupe de travail d'une centaine de membres. Et de plus en plus de personnes intéressées la rejoignent. Sur la base de ce qui est maintenant une quinzaine de cas d'utilisation, nous avons formulé des exigences spécifiques au domaine pour l'architecture de GAIA-X. Comme le secteur de l'énergie est très vaste et très diversifié, nous avons divisé le groupe de travail en trois domaines.

Quels sont ces sujets ?

Dans le premier domaine thématique "Plateforme et infrastructure de confiance" (Trusted Platform & Infrastructure), nous traitons la question de la souveraineté et de la sécurité des données. Nous traitons également ce qui est la représentation des processus protégés et résistants dans un écosystème comme celui de GAIA-X. Le deuxième domaine "Redispatch 2.0" traite de la planification et du calcul du réseau. Dans le contexte de la transformation du système, de plus en plus d'énergie provenant de sources renouvelables est introduite dans le réseau. Cela entraîne des fluctuations et donc des goulets d'étranglement et des surcharges du réseau énergétique. Dans le futur, on aimerait utiliser les prévisions météorologiques, par exemple, pour mieux prévoir les effets sur la grille. Le troisième thème porte sur "les quartiers et les solutions de voisinage". Il s'agit de l'idée de consommer l'énergie au-delà des frontières sectorielles, directement là où elle est produite. En conséquence, le réseau énergétique tel que nous le connaissons aujourd'hui serait utilisé "différemment" à l'avenir.

À propos de Michael Laskowski

Michael Laskowski est responsable, chez E.ON, de la société d'électricité régionale Westenergie AG, dans le domaine des solutions de données liées aux réseaux. Ingénieur électrique de formation, M. Laskowski a obtenu son doctorat à l'université de la Ruhr à Bochum et est professeur honoraire depuis 2006. Dans le projet GAIA-X, il est impliqué en tant que parrain du domaine de l'énergie et, avec son équipe, il élabore les besoins des futurs utilisateurs du secteur de l'énergie, qui sont ensuite directement pris en compte dans le développement technique de GAIA-X.

Outre le groupe de travail sur l'énergie, il existe actuellement huit autres groupes de travail spécifiques à un domaine. Quels sont leurs objectifs et quelles sont leurs tâches ?

Dans un premier temps, chacun des neuf groupes de travail s'occupe du côté utilisateur de l'industrie respective et veille à ce que leurs exigences soient prises en compte dans le développement technique de GAIA-X. Au même temps, l'objectif est de faire participer le plus grand nombre de personnes possible afin de créer la plus grande valeur ajoutée pour les futurs utilisateurs. La deuxième étape consiste à établir des liens entre les domaines afin d'exploiter les effets de synergie et de définir des exigences communes. Actuellement, notre groupe de travail prépare tout pour le développement d'un démonstrateur spécifique au domaine. Nous avons reçu de très bonnes suggestions des membres de notre domaine, nous pouvons donc commencer bientôt. Toutefois, avant de commencer, nous nous coordonnons avec les autres groupes de travail spécifiques à un domaine et nous convenons d'une approche commune. Parce qu'en fin de compte, les travaux ou les résultats des différents groupes de travail spécifiques à un domaine doivent converger à nouveau.

 

GAIA-X n'est pas une fin en soi.

Toutes les personnes impliquées dans le projet GAIA-X se sont engagées à travailler de manière centrée sur l'utilisateur. Qu'est-ce que cela signifie ?

GAIA-X n'est pas une fin en soi. Nous poursuivons l'objectif de fournir un écosystème complet pour les applications et les utilisateurs. Dès que les parties intéressées ont compris la valeur ajoutée de GAIA-X, elles sont prêtes à participer et à s'impliquer activement. En d'autres termes, les utilisateurs doivent vraiment connaître les avantages afin de bien savoir utiliser le système d'infrastructure de données et ses services. C'est pourquoi la perspective de l'utilisateur est si fortement prise en compte dès le début.

Pouvez-vous donner des exemples pour expliquer pourquoi GAIA-X est important pour le domaine de l'énergie et quelle valeur ajoutée l'initiative peut apporter ?

Le secteur de l'énergie subi actuellement un changement radical : le nombre d'énergies renouvelables augmente de manière exponentielle, et de nouveaux services et modèles commerciaux s'ajoutent constamment. Dans ce contexte, il est extrêmement important de façonner activement ce changement. Au même temps, il est nécessaire que l'industrie de l'énergie utilise les données plus facilement et mieux que dans le passé. Redispatch 2.0 est un bon exemple du fait que nous devons collecter une grande quantité de données et les traiter par la suite intelligemment afin de contrôler les réseaux. GAIA-X fournit l'environnement nécessaire non seulement pour fusionner ces données, mais aussi pour utiliser des outils analytiques et des applications dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Dans chaque domaine, les participants au projet formulent des exemples spécifiques d'exigences, les "Use Cases". Ils illustrent les besoins et identifient les potentiels qui peuvent être soulevés par GAIA-X. Quels sont les cas d'utilisation dans le domaine de l'énergie ?

Restons sur l'exemple de Redispatch 2.0, dont l'objectif est de gérer les goulets d'étranglement du réseau avec prévoyance, sur la base de prévisions, et de contrôler les centrales de manière qu'elles continuent à alimenter le réseau, mais sans le surcharger. Cet exemple pourrait également se transformer en un Redispatch 3.0 - si nous utilisons l'intelligence artificielle à cette fin. Le grand nombre de membres dans le domaine de l'énergie démontre également la nécessité de développer des solutions pour un large éventail de questions liées à l'énergie et à l'industrie de l'énergie.

Les « Use Cases » sont le point de départ de la définition des exigences techniques et réglementaires pour GAIA-X. Pouvez-vous présenter les exigences essentielles du domaine de l'énergie et comment celles-ci pourraient être prises en compte dans le développement de GAIA-X ?

Si l'on s'en tient à cet exemple, l'exigence d'interopérabilité est la première priorité. Lorsque nous collectons et fusionnons des données provenant de différentes sources, elles doivent bien sûr parler un langage commun et utiliser les mêmes normes aux interfaces, même au-delà des frontières nationales. Sinon, nous nous retrouverons avec un écosystème, avec lequel nous ne pourrons pas lire et utiliser les données car elles ne seront pas compatibles avec les interfaces GAIA-X. Il est tout aussi important de s'assurer que les données ne peuvent pas être manipulées. Les données sur l'énergie sont très fiables et il existe des objectifs sur la façon dont elles doivent être "emballées". Si ce n'était pas le cas, les données énergétiques pourraient être interceptées et manipulées à l'interface avec le réseau d'alimentation, par exemple, et paralyser ainsi l'ensemble du réseau énergétique.

 

En fin de compte, tout le monde bénéficiera d'une base d'utilisateurs GAIA-X croissante.

Si le système d'infrastructure GAIA-X existe : Qui seront les premiers utilisateurs du secteur de l'énergie ?

Je pense que ce sont en premier lieu les entreprises rapides qui profiteront de GAIA-X donc pas nécessairement les plus grandes. GAIA-X offre une énorme valeur ajoutée, en particulier pour les petites et moyennes entreprises qui n'ont peut-être pas les ressources nécessaires pour développer leurs propres plates-formes et solutions. Cependant, à terme, ils bénéficieront tous d'un nombre croissant d'utilisateurs de GAIA-X, car la gamme de services et d'applications proposés va également s'élargir.

Dans quelle mesure GAIA-X est-il un moteur de la numérisation du secteur de l'énergie ?

Je pense que c'est plutôt l'inverse : les exigences du marché obligent les entreprises à s'alléger et à générer de nouvelles idées. Les exigences du marché sont donc le moteur de la numérisation. GAIA-X est ici un facteur de soutien et d'accélération.

En septembre, les 22 sociétés et institutions fondatrices ont signé les documents fondateurs d'une future organisation sans but lucratif basée à Bruxelles, que GAIA-X coordonne comme une sorte de société d'exploitation. Les membres fondateurs de la future GAIA-X AISBL ont ainsi transformé l'initiative en structures permanentes qui sont appelées à se développer davantage. Qu'attendez-vous de l'AISBL et quelles sont vos exigences ?

Ce que je considère comme extrêmement important, c'est que GAIA-X devienne encore plus international. Nous avons besoin d'un échange international de données afin de maîtriser les défis dans le secteur de l'énergie. Dans le même temps, l'internationalisation conduira à une acceptation croissante du projet. Il ne doit pas y avoir de solutions par pays, car cela paralyserait GAIA-X.

Outre l'internationalisation, quels autres critères considérez-vous comme importants pour que GAIA-X soit un succès du point de vue du domaine de l'énergie ?

Dans le secteur de l'énergie, nous avons un besoin urgent de solutions. Cela signifie qu'une vitesse de mise en œuvre élevée est absolument essentielle. Le développement de GAIA-X ne doit pas prendre trop de temps. Nous devons être conscients que plus le processus de développement de GAIA-X dure, plus il est probable que les concurrents sortiront de la piste et suivront leur propre chemin. J'attends donc de GAIA-X AISBL une forte impulsion et une grande vitesse de mise en œuvre.