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L'économie sociale de marché

La politique économique allemande s'inspire depuis le milieu du siècle dernier du concept  de l'économie sociale de marché. L'idée centrale en est de préserver les mécanismes du libre marché tout en veillant à assurer une péréquation sociale.

Les mécanismes de marché fonctionnent par un équilibre entre l'offre et la demande. Cet équilibre permet de déterminer le prix de marché. Il importe à cet effet de veiller au plein jeu de la concurrence et de contrer le pouvoir de marché. Les mécanismes de marché augmentent alors les possibilités de consommation, incitent les acteurs de l'offre à recourir à des innovations et au progrès technique et répartissent les revenus et les bénéfices en fonction de la performance individuelle. Ces mécanismes peuvent par ailleurs empêcher eux-mêmes une trop forte accumulation de pouvoir de marché.

Il appartient à l'État de créer le cadre d'une concurrence fonctionnant dans de bonnes conditions, mais également d'encourager les individus dans leur disposition et capacité à agir sous leur propre responsabilité et à faire preuve de plus d'autonomie. L'État ne doit pas inhiber ces facultés en assumant lui-même trop de responsabilités. En effet, l'action étatique pèse sur l'économie et sur la société par le biais des taxes et des impôts. Elle grève donc le facteur travail et réduit la libre disposition du revenu gagné.

En plus du libre marché, l'économie sociale de marché a pour deuxième principe la péréquation sociale. Ce principe ne doit pas, si possible, faire entrave à la liberté du marché. Toutefois, il convient de neutraliser les inconvénients du libre marché tels qu'une concurrence destructrice, l'accumulation du pouvoir économique et les répercussions antisociales des processus de marché comme, par exemple, le chômage. C'est la raison pour laquelle l'État intervient activement, par des mesures de politique sociale, dans le jeu du marché. L'objectif recherché est de pourvoir à une protection sociale la meilleure possible tout en assurant la plus grande prospérité possible.

Prof. Dr. Ludwig ErhardLudwig Erhard

Le concept de l'économie sociale de marché a été élaboré par Ludwig Erhard, conjointement avec Alfred Müller-Armarck. Erhard, le premier ministre fédéral de l'économie de 1949 à 1963, était un adepte de l'ordolibéralisme. Ce modèle économique a pour principe fondamental de protéger la liberté de tous ceux qui participent au marché soit du côté de l'offre, soit du côté de la demande. La première mention écrite de la notion d'« économie sociale de marché » est attribuée au collaborateur d'Erhard, Alfred Müller-Armarck, qui, en 1952, fut le directeur de la division consacrée aux questions générales de la politique économique au ministère fédéral de l'Économie et, à partir de 1958, secrétaire d'État pour la politique européenne. Celui-ci définit l'économie sociale de marché non pas comme une économie de marché libérale qui ne connaîtrait aucune restriction, mais bien plutôt comme une économie de marché guidée délibérément par des préoccupations sociales.

Fondement juridique

L'économie sociale de marché n'a jamais été ancrée explicitement comme système économique de l'Allemagne dans la Loi fondamentale, car celle-ci ne comporte pas de section consacrée spécifiquement à l'économie. Cependant, des éléments centraux de notre ordre juridique, tels que, notamment, les droits fondamentaux, la liberté de contrat et de coalition, le droit au libre choix d'un emploi, posent les fondements de l'économie sociale de marché et excluent les deux extrêmes que sont une économie administrée centralement et une économie de marché débridée.

En mai 1990, l'économie sociale de marché a été ancrée juridiquement, en tant qu'ordre économique commun, dans l'accord sur la création d'une union monétaire, économique et sociale entre la République fédérale d'Allemagne et l'ancienne République démocratique allemande.

Conclusion

Une politique économique prévoyante implique une conception économique transparente et cohérente avec des objectifs clairs et des mesures. Ceux-ci doivent recueillir la confiance et l'appui des milieux économiques et de la société; ils doivent garantir la sécurité de planification et renforcer ainsi l'initiative propre de chaque individu.

Comme Ludwig Erhard en était déjà conscient, moins sont nécessaires les aides sociales, meilleurs peuvent être les résultats de la politique économique. Notre société doit assumer une responsabilité sociale pour ceux qui, par leurs propres facultés, ne peuvent pas participer suffisamment à la prospérité. Ceci ne peut d'ailleurs que favoriser une meilleure acceptation des changements structurels.




Vue d'ensemble